Le Ségur du numérique est de ces programmes dont on entend parler depuis des années sans jamais bien savoir où il en est, ni ce qu’il change pour soi. La raison est structurelle : il n’avance pas au même rythme selon les professions. Un hôpital, un radiologue, un médecin de ville et un infirmier libéral ne sont pas au même point du calendrier.
Voici l’état des lieux à l’été 2026, et surtout ce que vous devez vérifier auprès de votre éditeur.
Le principe : l’État finance, l’éditeur encaisse
Le mécanisme central s’appelle le financement SONS — pour « système ouvert et non sélectif ».
Sa logique est contre-intuitive et il faut la comprendre : l’argent ne va pas au professionnel de santé, il va à l’éditeur de logiciel. L’État finance la montée de version vers une solution référencée, et vous, utilisateur, bénéficiez de la mise à jour sans surcoût direct.
Conséquence pratique : vous n’avez pas de dossier de subvention à monter. Votre rôle est ailleurs — vérifier que votre éditeur, lui, s’est engagé dans le dispositif.
Vague 1, vague 2 : la différence
La vague 1, lancée en 2021, avait un objectif central : alimenter Mon espace santé. Faire en sorte que les documents de santé produits par les professionnels remontent effectivement dans le dossier du patient. Les guichets de financement de cette première vague sont désormais tous fermés.
La vague 2 complète ce socle. Elle vise à doter le plus grand nombre possible d’acteurs d’une version logicielle conforme à des exigences élargies — que ces acteurs aient ou non bénéficié de la mise à jour de la vague 1.
Point utile pour les retardataires : il n’est pas nécessaire d’avoir été référencé en vague 1 pour candidater à la vague 2. En revanche, les exigences techniques et fonctionnelles de la vague 1 doivent être respectées. Deux prestations existent donc : une prestation « vague 2 » pour ceux qui sont déjà conformes, et une prestation « vague 1 + vague 2 » pour les autres.
Ce que contient un logiciel référencé vague 2
Le socle fonctionnel converge, quel que soit le couloir :
- l’INS — l’identité nationale de santé, qui garantit que le bon document est rattaché au bon patient ;
- le DMP et Mon espace santé — l’alimentation du dossier du patient ;
- MSSanté — la messagerie sécurisée de santé, pour les échanges entre professionnels et vers le patient ;
- l’ordonnance numérique ;
- l’application carte Vitale ;
- Pro Santé Connect — l’authentification du professionnel.
C’est la liste à confronter à votre logiciel actuel. Chaque brique absente est une friction quotidienne, et parfois un indicateur de forfait perdu.
Où en est chaque couloir
Le calendrier est fixé par des arrêtés successifs, propres à chaque famille de logiciels. À l’été 2026 :
Hôpital (DPI, PFI) — le couloir le plus avancé, ouvert dès 2024. Les demandes d’avance des éditeurs courent jusqu’à l’automne 2026.
Imagerie (RIS, DRIMbox) — calendrier révisé en cours d’année, échéances de déploiement étendues jusqu’en 2027.
Médecine de ville (LGC) — le guichet d’enrôlement a ouvert à l’automne 2025, celui des demandes d’avance en février 2026, avec une fermeture prévue en fin d’année 2026.
Social et médico-social (DUI) — documents publiés au printemps 2026 ; les éditeurs font évoluer leurs logiciels sur 2026 et 2027, avec un déploiement à finaliser d’ici mars 2029.
Officine (LGO) — textes réglementaires pré-publiés en juillet 2026.
Sages-femmes et paramédicaux de ville — c’est la nouveauté. Un arrêté du 15 juillet 2026, publié au Journal officiel le 21 juillet 2026, crée le dispositif pour les logiciels de gestion de cabinet de ces professions.
Le nouveau couloir paramédical : ce qu’il faut retenir
C’est l’information la plus fraîche, et elle concerne une population jusque-là restée en marge du programme.
Le calendrier est long. Les bons de commande pourront être signés à partir de juillet 2027, et le déploiement se poursuivra jusqu’en 2029. Les premières étapes concernent principalement les éditeurs : c’est à eux de se faire référencer.
Les conditions d’accès supposent notamment de figurer au répertoire RPPS et, pour les professions à ordre, d’être régulièrement inscrit.
Le périmètre du financement a des limites. L’État prend en charge la prestation Ségur ; les services et équipements extérieurs au périmètre réglementaire restent à votre charge. Ne comptez pas sur le programme pour financer l’intégralité de votre équipement.
Ce qu’il faut faire dès maintenant : demander à votre éditeur s’il compte se faire référencer, et sur quel calendrier. Un éditeur qui ne s’engage pas vous laissera avec un logiciel non conforme au moment où l’écosystème, lui, aura basculé.
Les quatre questions à poser à votre éditeur
- Êtes-vous engagé dans le référencement Ségur vague 2 pour mon couloir ? Et si oui, à quelle échéance ?
- Ma montée de version sera-t-elle prise en charge intégralement, ou certains modules resteront-ils facturés ?
- Quelles briques du socle sont déjà opérationnelles chez moi — INS, DMP, MSSanté, ordonnance numérique, Pro Santé Connect ?
- Que se passe-t-il si vous ne vous faites pas référencer ? La question mérite d’être posée franchement : c’est un critère de choix d’éditeur.
Pourquoi cela vous concerne au-delà de la conformité
Trois raisons très concrètes.
Vos indicateurs de forfait. Compatibilité DMP, messagerie sécurisée, version à jour du cahier des charges SESAM-Vitale : ces indicateurs conditionnent le versement de votre forfait d’aide à l’informatisation, qui se compte en centaines d’euros par an.
Vos aides conventionnelles. Dans plusieurs professions, les contrats incitatifs à l’installation en zone déficitaire exigent de remplir les conditions d’équipement informatique. Un logiciel non conforme peut compromettre bien plus qu’un forfait.
Vos échanges quotidiens. Le Ségur n’est pas qu’une affaire de subventions : c’est ce qui détermine si le compte rendu que vous envoyez arrive vraiment chez le confrère, et si le document que vous produisez remonte vraiment dans Mon espace santé.
Questions fréquentes
Le Ségur me verse-t-il de l’argent ? Non. Le financement SONS est versé directement à l’éditeur de logiciel. Vous bénéficiez de la mise à jour sans surcoût direct.
Dois-je monter un dossier ? Non, pas en tant que professionnel de santé. Ce sont les éditeurs qui déposent les demandes de financement.
Faut-il avoir été référencé vague 1 pour la vague 2 ? Non, mais les exigences de la vague 1 doivent être respectées. Une prestation combinée existe pour ceux qui n’étaient pas conformes.
Les paramédicaux de ville sont-ils concernés ? Oui, depuis l’arrêté de juillet 2026 qui crée le dispositif pour leurs logiciels de gestion de cabinet. Le calendrier s’étend jusqu’en 2029.
Que faire si mon éditeur ne se fait pas référencer ? Poser la question maintenant, et considérer que c’est un critère de choix. Un logiciel non référencé vous éloigne du socle d’interopérabilité vers lequel tout l’écosystème converge.
Sources
- Agence du Numérique en Santé — Ségur du numérique en santé, vague 2
- Agence de Services et de Paiement — Financement à l’équipement, Ségur vague 2
- Arrêté du 15 juillet 2026 relatif au Ségur du numérique pour les logiciels de gestion de cabinet des sages-femmes et professionnels paramédicaux de ville, publié au JO du 21 juillet 2026
- Arrêtés successifs relatifs aux couloirs Hôpital, Imagerie, Médecin de ville et Médico-social
Article mis à jour en août 2026. Le calendrier du Ségur est révisé régulièrement par arrêté : vérifiez l’état du couloir qui vous concerne sur esante.gouv.fr.
