L’accès direct est probablement l’évolution la plus commentée de la profession ces dernières années. Elle est aussi la plus mal comprise, parce qu’on la résume souvent à une formule fausse : « les kinés peuvent désormais recevoir sans ordonnance ». La réalité est plus nuancée, et cette nuance a des conséquences très concrètes sur votre exercice et sur votre facturation.
L’accès direct existe bien. Mais il est conditionné à votre mode d’exercice, et le nombre de séances autorisées dépend d’un critère précis : l’existence ou non d’un diagnostic médical préalable.
Le principe posé par l’avenant 7
L’avenant 7 à la convention nationale a instauré l’accès direct. Sa règle de base tient en une phrase : en l’absence de prescription médicale de rééducation, le masseur-kinésithérapeute peut réaliser 8 séances par épisode de soins, à condition d’exercer dans un cadre déterminé.
Ce cadre, c’est la clé du dispositif — et c’est ce que la formule « kiné sans ordonnance » fait disparaître.
La condition d’exercice : là où beaucoup se trompent
L’accès direct n’est pas ouvert à tous les cabinets. Il suppose d’exercer :
- dans un établissement de santé, public ou privé ;
- ou dans une structure d’exercice coordonné.
Un kinésithérapeute installé seul, hors de tout dispositif coordonné, ne relève pas de ce cadre. C’est une condition d’éligibilité, pas une formalité administrative.
Concrètement, les structures d’exercice coordonné recouvrent notamment les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), les centres de santé, les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et les équipes de soins primaires (ESP). Si vous n’êtes rattaché à aucune de ces structures, l’adhésion à une CPTS de votre territoire est souvent la voie la plus accessible — avec un bénéfice annexe : elle ouvre aussi droit à un indicateur complémentaire du forfait d’aide à la modernisation et à l’informatisation du cabinet.
Combien de séances ? Cela dépend du diagnostic
C’est la distinction structurante du dispositif, et elle est régulièrement confondue.
Sans diagnostic médical préalable : 8 séances
Le patient arrive sans être passé par un médecin, sans diagnostic posé. Vous pouvez le prendre en charge dans la limite de 8 séances par épisode de soins. Au-delà, un retour vers le médecin s’impose.
Avec diagnostic médical préalable : pas de plafond de séances
Le patient a déjà un diagnostic médical, mais pas de prescription de rééducation. Dans ce cas, le nombre de séances réalisables en accès direct n’est pas limité — à une condition impérative : rester dans le respect des référentiels de la Haute Autorité de Santé et des recommandations de bonne pratique.
L’absence de plafond ne signifie donc pas l’absence de cadre. Les référentiels HAS s’appliquent pleinement, et ce sont eux qui bornent la prise en charge.
Vos obligations de traçabilité
L’accès direct s’accompagne d’un devoir de transmission renforcé. Il vous revient de produire et d’adresser :
- un bilan initial ;
- un compte rendu des soins réalisés.
Ces documents sont destinés au patient et à son médecin traitant. Ils peuvent également être reportés dans l’espace numérique de santé du patient.
Cette obligation n’est pas une contrainte formelle : elle est ce qui rend l’accès direct compatible avec la coordination des soins. Un kinésithérapeute qui prend un patient en accès direct sans informer le médecin traitant sort de l’esprit — et de la lettre — du dispositif.
Sur le plan pratique, une messagerie sécurisée de santé est l’outil naturel de cette transmission. Elle figure d’ailleurs parmi les indicateurs prérequis du forfait FAMI.
Ce que l’accès direct ne change pas
Trois points restent inchangés, et ils méritent d’être rappelés parce qu’ils sont parfois emportés dans l’enthousiasme général.
Le bilan diagnostic kinésithérapique reste central. Il fonde le plan de traitement, en accès direct comme sur prescription. Il se cote toujours en AMK, et il ne peut pas être réalisé en télésoin.
Les référentiels HAS continuent de s’appliquer. Pour les rééducations soumises à référentiel, les seuils d’accord préalable du service médical restent d’actualité — et ils intègrent aussi bien les séances présentielles que les télésoins.
L’accès direct ne dispense pas de la coordination. Il la réorganise : au lieu d’arriver en amont sous forme de prescription, l’information circule en aval sous forme de compte rendu.
Une opportunité, à condition de s’organiser
Pour un cabinet, l’accès direct déplace un problème d’organisation. Les patients qui arrivent sans ordonnance ne sont plus filtrés par le médecin traitant : c’est vous qui devez évaluer la pertinence de la prise en charge, dès le premier contact.
Deux conséquences pratiques :
- La qualification à la prise de rendez-vous devient déterminante. Savoir en amont si le patient dispose ou non d’un diagnostic médical change le cadre applicable — 8 séances ou pas de plafond. Un formulaire de prise de rendez-vous en ligne qui pose la question dès la réservation vous évite de le découvrir en séance.
- La production de comptes rendus devient systématique. Chaque prise en charge en accès direct génère au minimum deux documents à transmettre. Autant que cela s’intègre à votre flux de travail plutôt que de s’accumuler en fin de semaine.
Questions fréquentes
Puis-je pratiquer l’accès direct si j’exerce seul en cabinet de ville ? Pas dans le cadre conventionnel de l’avenant 7, qui suppose un exercice en établissement de santé ou en structure d’exercice coordonné. Rejoindre une CPTS ou une MSP de votre territoire est la voie habituelle.
Combien de séances puis-je réaliser sans prescription ? 8 séances par épisode de soins si le patient n’a pas de diagnostic médical préalable. S’il en a un, il n’y a pas de limite de séances, mais les référentiels HAS et les recommandations de bonne pratique s’appliquent.
Dois-je prévenir le médecin traitant ? Oui. Un bilan initial et un compte rendu des soins doivent être adressés au patient et à son médecin traitant.
L’accès direct change-t-il la cotation des actes ? Non. Les actes se cotent selon la NGAP en vigueur, avec les lettres-clés et coefficients applicables à la situation clinique.
Puis-je démarrer une prise en charge en accès direct par un télésoin ? Non. La séance du bilan diagnostic kinésithérapique initial doit être réalisée en présentiel, et le télésoin suppose par ailleurs d’avoir déjà vu le patient dans les douze mois précédents.
Organiser la prise en charge en accès direct
Qualifier le patient dès la prise de rendez-vous, tracer le bilan initial, transmettre le compte rendu au médecin traitant : l’accès direct fonctionne quand ces trois étapes sont outillées.
Sources
- Assurance Maladie — Les avenants à la convention nationale des masseurs-kinésithérapeutes
- Assurance Maladie — Le forfait d’aide à la modernisation et à l’informatisation du cabinet professionnel
- Avenant 7 à la convention nationale des masseurs-kinésithérapeutes, conclu le 13 juillet 2023
- Haute Autorité de Santé — référentiels de rééducation
Article mis à jour en août 2026. Les conditions d’exercice de l’accès direct peuvent évoluer : vérifiez le cadre en vigueur sur ameli.fr.
