Le développement professionnel continu souffre d’un problème d’image : beaucoup de kinésithérapeutes le perçoivent comme une case administrative à cocher, financée par une agence dont le fonctionnement paraît opaque. Les chiffres leur donnent partiellement raison — un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales publié en 2025 relevait qu’environ 22 % seulement des professionnels éligibles avaient validé leur obligation triennale sur la période 2020-2022.
Ce constat n’est pas resté sans suite. Le dispositif est en train de changer de nature, et 2026 est une année charnière. Voici où en sont les choses.
L’obligation : ce que dit le cadre
Le DPC est une obligation légale pour l’ensemble des professionnels de santé, kinésithérapeutes compris. Elle est inscrite au code de la santé publique depuis la loi HPST de 2009, renforcée en 2016, et s’applique depuis 2013.
Le principe : sur une période de trois ans, justifier d’un parcours de DPC comportant des actions relevant d’au moins deux types différents parmi trois :
- l’action cognitive — approfondissement des connaissances, ce qu’on appelle communément la formation continue ;
- l’évaluation des pratiques professionnelles (EPP) — une réflexion structurée sur votre pratique effective ;
- la gestion des risques — identification et priorisation des risques liés à votre activité.
Un point souvent mal compris : ce n’est pas le volume horaire brut qui est évalué, mais la cohérence du parcours. Empiler des heures de formation cognitive sans jamais faire d’EPP ne valide pas l’obligation.
Le respect de cette obligation relève à la fois du réglementaire et du déontologique. Il peut être contrôlé, notamment à l’occasion de démarches d’installation, de conventionnement ou d’exercice en structure.
Où en est le calendrier
C’est le point qui génère le plus de confusion cette année.
Les orientations nationales prioritaires 2023-2025 ont été prorogées pour 2026 par arrêté du 23 juin 2025. Les thématiques définies pour le cycle précédent restent donc valides, et les formations qui s’y rattachent demeurent éligibles.
Parallèlement, les compteurs de droits ont été réinitialisés pour 2026. Vous disposez donc d’une nouvelle enveloppe annuelle, sur des orientations inchangées.
Le conseil pratique : si votre parcours 2023-2025 présentait une lacune — deux types d’actions non couverts, traçabilité incomplète —, 2026 est l’année pour la combler, avant que le dispositif ne bascule.
Le financement : ce à quoi vous avez droit
La prise en charge ANDPC
L’Agence nationale du DPC finance les actions de DPC des professionnels de santé libéraux et des salariés en centre de santé conventionné. Pour les masseurs-kinésithérapeutes libéraux conventionnés, le dispositif combine deux composantes :
- la prise en charge des frais pédagogiques, versée directement à l’organisme de formation — vous n’avancez pas les frais ;
- une indemnisation pour perte d’activité, versée au professionnel, calculée sur une base horaire.
Pour 2026, le barème ANDPC prévoit un droit de tirage annuel de l’ordre de 14 heures pour un kinésithérapeute libéral conventionné, avec une indemnisation horaire d’environ 38 € de l’heure pour les actions en présentiel et en classe virtuelle.
Deux réserves importantes : depuis 2024, les forfaits varient selon les situations individuelles, et le montant exact de votre prise en charge n’est connu qu’au moment de votre inscription sur mondpc.fr. Ne construisez pas un plan de formation sur un montant théorique.
Le plafond triennal
L’ANDPC fixe également un plafond d’heures sur la période triennale. Une fois ce plafond atteint, vous ne pouvez plus vous inscrire qu’à des actions d’EPP, de gestion des risques ou à des programmes intégrés. Ce mécanisme vise à répartir l’enveloppe sur le plus grand nombre de professionnels.
Le FIF-PL, cumulable
Le Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux est un dispositif distinct et cumulable avec le DPC. Il finance des formations qui ne relèvent pas nécessairement du catalogue ANDPC — gestion de cabinet, outils numériques, techniques non couvertes par les orientations nationales.
Une même formation peut, selon les cas, mobiliser les deux financements. C’est un levier largement sous-utilisé.
Le crédit d’impôt formation
Les chefs d’entreprise, y compris les libéraux, peuvent sous conditions bénéficier d’un crédit d’impôt au titre des heures passées en formation. À évoquer avec votre expert-comptable.
Ce qui arrive : la certification périodique
C’est le changement structurel, et il est déjà en marche.
Instaurée par ordonnance en 2021 et entrée en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2023, la certification périodique concerne les sept professions de santé à ordre — dont les masseurs-kinésithérapeutes. Son principe : justifier, sur une période de six ans, d’un parcours comportant un nombre minimal d’actions réparties sur plusieurs axes.
Ces axes couvrent l’actualisation des connaissances et des compétences, l’amélioration de la qualité et de la sécurité des pratiques, la relation avec les patients, et la prise en compte de la santé personnelle du professionnel.
Le dispositif DPC tel qu’il fonctionne aujourd’hui est appelé à évoluer vers ce nouveau cadre, avec des modalités de financement et de gouvernance encore en cours de définition. La formation continue reste obligatoire — c’est la mécanique qui change, pas le principe.
Ce que cela implique concrètement : ne laissez pas de trou dans votre traçabilité pendant la transition. Un parcours documenté, quelle que soit la mécanique administrative en vigueur, reste un parcours documenté.
Choisir ses formations utilement
Au-delà de la conformité, quelques orientations qui se recoupent avec les évolutions récentes de la profession :
L’évaluation objectivée. L’accès direct vous rend responsable du repérage et de l’orientation. Les formations au raisonnement clinique et au dépistage des drapeaux rouges ont une valeur directe.
Les référentiels et l’evidence-based practice. Vos seuils d’accord préalable reposent sur des référentiels HAS. Savoir les lire et argumenter une prolongation est une compétence économique autant que clinique.
Le numérique et l’IA. Télésoin, dossier patient, outils d’analyse du mouvement : ces sujets entrent progressivement dans les catalogues.
La gestion de cabinet. Rarement éligible au DPC, souvent éligible au FIF-PL. C’est pourtant là que se joue une bonne part de la rentabilité d’un cabinet.
Questions fréquentes
Le DPC est-il obligatoire pour un kinésithérapeute ? Oui. Il s’agit d’une obligation légale inscrite au code de la santé publique, doublée d’une obligation déontologique.
Combien d’actions faut-il sur trois ans ? Au minimum deux actions relevant de deux types différents parmi la formation continue, l’évaluation des pratiques professionnelles et la gestion des risques. C’est la cohérence du parcours qui est évaluée, pas le volume horaire.
Combien d’heures sont financées par an ? Le barème 2026 prévoit un droit de tirage de l’ordre de 14 heures annuelles pour un kinésithérapeute libéral conventionné, avec un plafond triennal. Le montant exact de votre prise en charge s’affiche à l’inscription sur mondpc.fr.
Peut-on cumuler DPC et FIF-PL ? Oui, ce sont deux dispositifs distincts et cumulables.
Le DPC va-t-il disparaître ? L’obligation de formation continue ne disparaît pas. Le dispositif évolue vers la certification périodique, avec un cycle de six ans et un financement en cours de redéfinition.
Que se passe-t-il si je ne valide pas mon obligation ? Le non-respect relève du champ disciplinaire ordinal. Il peut également être relevé lors de démarches administratives liées à votre exercice.
Sources
- Code de la santé publique — obligation de développement professionnel continu
- Agence nationale du DPC — modalités de prise en charge
- Arrêté du 23 juin 2025 prorogeant les orientations nationales de DPC 2023-2025 pour l’année 2026
- Ordonnance de 2021 instaurant la certification périodique des professionnels de santé
- Rapport IGAS sur le dispositif de DPC, mars 2025
Article mis à jour en août 2026. Les barèmes ANDPC et le calendrier de bascule vers la certification périodique évoluent : vérifiez vos droits sur mondpc.fr avant toute inscription.
